jeudi 20 juin 2013

Bonheurs dans l'arrière-pays Bobolais


Mes premières sorties de vélo se font à la Guinguette, notre oasis de fraicheur à 20 km de Bobo. C'est là que je rencontre Fabrice qui arrive aussi à vélo, son "VTT" comme le dit ce français d'origine qui a fait son nid au Burkina. Il nous salue, visiblement intéressé par le fait que Vincent et moi avons fait le trajet à vélo. Nos enfants partagent les classes à l'école française André Malraux. On effectue le retour vers Bobo à trois, occupant la position de tête à tour de rôle pour mieux affronter le vent. Avant de se quitter, on échange nos numéros de portable avec la ferme intention de se retrouver un matin de fin de semaine pour explorer les sentiers de l'arrière-pays Bobolais.

Première sortie avec Fabrice, le 30 mars, le début des mois chauds du Burkina. Même la nuit, le mercure ne baisse plus sous les 30°C. Pour quitter Bobo, on prend la route de l'aéroport, on descend une grande côte, pour ensuite délaisser le bitume, les véhicules et débuter les sentiers, notre réelle destination. Aussitôt, on a droit à l'accueil des enfants qui nous lancent les habituels "Toubabous, toubabous, toubabous!!!"

Au 25e km, on approche un groupe de jeunes qui se préparent pour aller aux champs. Je suis devant, avec Fabrice dans ma roue. Les jeunes se mettent sur le côté du chemin, mais un chien qui n'a vraisemblablement rien compris de ce qui se passe se lance devant ma roue... Freinage catastrophe, j'évite de lui passer sur le corps, mais Fabrice, lui, n'évite pas mon vélo; je le vois mordre la poussière sur ma droite avant que moi, je ne m'envole sur la gauche en m'offrant une roulade dont le prof de judo de Jérémie aurait été fier! On se relève et on secoue la poussière. Fabrice a un bras égratigné, mais rien de grave. Les jeunes, témoins du vol plané de deux Toubabous, ont les yeux grands. Ils lèvent nos vélos et vont chercher de l'eau. On redresse les guidons, on salue le groupe qui est encore sous le choc, et on repart!

Bientôt on arrive à la Forêt classée du Kou. L'endroit est sublime : des arbres centenaires qui culminent au-dessus des strates de fougères, d'arbres et de lianes. Dire qu'une telle forêt couvrait la région toute entière! Les besoins en terres agricoles, la coupe abusive de bois de cuisson, la recherche de bois de charpente et de bois noble pour la confection de meubles, ont presque tout décimé. Aujourd'hui c'est la brousse avec des arbres à karité, des nérés, quelques baobabs et des palmiers ici et là, mais rien que l'on  saurait appeler une forêt. Un pont suspendu traverse le Kou, la rivière de la Guinguette, qui alimente Bobo en eau potable et qui irrigue la pleine rizicole de Bama. Dès la sortie de la fraicheur de la forêt, on sent le contraste avec la chaleur accablante qu'il fait dans la brousse.

Une dizaine de km plus loin, on arrive à la maison de campagne de Fabrice, une superbe construction en Voûte Nubienne dont certains murs ont un mètre d'épaisseur! Un grand arbre est au centre de la cour, un puits traditionnel près des bâtiments, une plantation de manguiers et d'anacardiers complète le terrain. L'endroit est accueillant! Il y même un plan d'eau à 150m. Fabrice rêve d'avoir accès à la terre qui le sépare de ce petit lac pour y construire quelques cases et recevoir des voyageurs!


Sur le retour, on s'offre une longue côte de 5 km ou on agonise sous un soleil de plomb à plus de 35°C. En arrivant à Bobo, on s'arrête dans une boutique pour engloutir une grande Lafi (1.5l) avant le dernier droit, 10km vers la maison...Total 61 km...Je suis épuisé!!!

13 avril

2e chevauchée du samedi avec Fabrice... Je sens une tradition qui s'installe! On part à 7h30 sur la route vers Bama, mon terrain de jeu! À deux, on avale les côtes avec force. Dans les descentes on atteint des vitesses folles avec des pointes à près de 50km/h et 4km de suite à plus de 40km/h de moyenne... C'est grisant de dévaler la route à un tel régime! Au 22e km on prend une piste de terre, c'est le début des sentiers, un 20km dans l'arrière-pays, où l'on se croit seul au monde. Parfois, on croise quelques enfants qui se déplacent en charrettes tirées par un âne. On arrive dans un village où toutes les maisons sont en banco, les toits en chaume, les portes et volets en bois... J'ai la tête qui voyage dans ces paysages qui semblent figés dans le temps. Les gens nous offrent de larges sourires. Les km passent rapidement!

Nous prenons une courte pause à la maison de Fabrice, avant de revenir vers Bobo par d'autres sentiers, en culminant dans la même côte que la dernière fois. On a déjà 55km dans les cuisses, mais j'me sens moins abattu qu'à notre dernière sortie. Je choisis le bon braquet et je monte avec régularité. Le dernier km, avec 30m de dénivelé, est enfilé avec énergie.  On retrouve les habitations de la banlieue de Bobo. Total 70 "bornes"... Ouf!!!

8 juin

La fin d'avril et tout mai sont très chauds et pleins de contraintes qui ont privé nos sorties du Samedi.  8 juin, 7h30, rendez-vous au rond-point du Lion avec Fabrice. Après 20km de bitume sur la route vers Banfora, on prend les sentiers, notre véritable destination. Rapidement on croise de superbes petits villages où les gens s'affairent aux tâches quotidiennes. D'autres sont aux champs pour préparer les terres à la saison des pluies qui débute ce mois-ci. Des jeunes mènent deux boeufs qui tire une charrue, mon grand-père, avait vu ça dans sa jeunesse, il y près de 100 ans, ici c'est la norme. En traversant un village, je ramène presque une poule pour le diner... Je suis quitte pour un bon coup de guidon et quelques plumes!

Ce sentier est plus accidenté que les dernières fois, aucun véhicule motorisé ne passe par ici, pas même des motos. Par contre, on croise de nombreuses femmes qui se dirigent vers le marché, la tête chargée de denrées, un enfant sur le dos. "Any Sogoma, Here sira?". Certaines nous saluent en français: "Bonjour, ça va?" Plusieurs sont surprises de voir ces deux toubabous avec des casques et de drôles de vêtements! Une chance que Fabrice a sa petite clochette, car les changements de directions arrivent rapidement et certaines femmes, plongées dans la quiétude habituelle, n'anticipent pas le passage des vélos! Le sentier est superbe. Dans une section, on traverse un pont qui surplombe un petit canyon. Plus loin, on descend à la rivière où des femmes font leur lessive. Du gros bonheur sur deux roues!

16 juin

Quoi de mieux pour la fête des Pères que de s'offrir une belle sortie en brousse entre papas. Cette fois, Alain, un Belge dont le fils est dans la classe de Jérémie, nous accompagne.  Rendez-vous au rond-point des chevaux à 7h30 pour un nouvel itinéraire qui promet. Déjà on est sur la terre battue, dans un quartier populaire de la périphérie de Bobo. Certains résidents ont leurs habits du dimanche, en route vers l'église ou pour visiter un parent. C'est toujours marquant de voir des gens aussi fièrement vêtus sortir de maisons aussi modestes, voir dénudées de tout.

Après quelques km nous débutons la descente, nous sommes sur la falaise de Banfora qui couvre des centaines de km. Certaines sections sont très rapides et d'autres, techniques et accidentées. Je dois poser pied 2 fois. À la base de la falaise, on suit la route peu de temps, pour remonter vers le pèlerinage de Diguinso. Au sommet, on a pu saluer le Christ sur sa croix. Nous sommes à quelques km de Dafra, un lieu sacré pour les animistes de la région, voire de l'extérieur du pays. Le Burkina est un exemple fabuleux de coexistence et de saine harmonie entre cultes : Chrétiens, Animistes et Musulmans.

Nous poursuivons notre balade en brousse avant de rejoindre Darsalame vers les sentiers empruntés la semaine dernière. Une superbe section de pistes étroites, avec un léger dénivelé favorable qui nous permet d'être particulièrement véloces. Dépassé 30km/h, sur ces sentiers, il faut serrer les dents et les mains sur les guidons! Dans une section sablonneuse, on s'offre quelques dérapages à peine contrôlés. 3 petits canyons, 2 ponts, un superbe village, des gens dans les champs, des arbres à karité et de nombreux palmiers... Je prends même le temps de sortir ma caméra, blottie dans la poche arrière de mon maillot, et je me risque pour quelques photos sans m'arrêter!



En arrivant à Koumi, Alain veut reprendre le bitume. On a déjà 45km au compteur et ses jambes ne veulent plus! On prend la route avec lui et après les douanes de Bobo, on le laisse poursuivre et on tourne sur l'ancienne route qui reliait Bobo au Mali. Des vestiges de l'agrégat de l'époque sont toujours visibles. Bientôt on entre dans la banlieue bobolaise. La brousse et les champs laissent place aux habitations.

Direction le "cabaret" où Fabrice joue les percussions pour accompagner les joueurs de balafon et attirer les amateurs de Dolo, une bière de mile, typiquement africaine. Le dolo du matin est plus sucré que celui du soir, qui augmente en alcool. Une chance, car le corps est éprouvé après plus de 3h de vélo à 95% en sentiers.  On se fait offrir des calebasses de breuvage bien doré avec une noix de cola pour se redonner de l'énergie. Moussa au balafon égaye les clients et on vient coller des billets de 1000F sur son front, en marque d'appréciation.

Doucement, sur le chemin du retour je revis notre chevauchée du matin, les visages des gens croisés, les salutations, les paysages, les arômes de certains passages, la lumière qui change au fil des kilomètres, l'euphorie d'un sport qui demande toute ton attention, mais qui en même temps te libère l'esprit. Je reviens les jambes faibles, mais la tête au 7e ciel. Les enfants m'attendent avec leurs cadeaux de la fête des Pères!

Merci Fabrice de me faire vivre l'arrière-pays bobolais!
Éric

vendredi 31 mai 2013

Ma fête des Nations-Unies


Cette semaine c’était ma fête et j’ai eu 9 ans!

Nous avons invité des amis à la maison pour célébrer mon anniversaire. Au Burkina Faso, étant donné que les gens font la sieste l’après-midi, les fêtes d’anniversaires commencent vers 15 :00. Ceci nous a donné le temps de préparer les « petits cochons » version Burkinabé, ainsi que les fameuses pizza à Balkissa. Papa nous a préparé une chasse aux trésors, et un jeu d’adresse avec le ballon de foot.

J’aimerais vous présenter les amis qui sont venus fêter avec moi à la maison et qui sont tous dans ma classe de CE2 à l’école française André Malraux!

Luka 

Luka est mon meilleur ami.  Il est métis, son papa est Burkinabé et sa mère Hollandaise.  Il a une grande sœur (Johana) qui a 11 ans.  Il parle le français, comprend le Dioula et parle aussi Hollandais avec sa mère et sa sœur. C’est un passionné du foot et l’un des meilleurs joueurs de la classe.  Il a un chandail de l’équipe nationale, les Étalons, avec le numéro et le nom de son joueur préféré : Bance! Il est très gentil et habite dans un quartier populaire avec plein de familles burkinabées dans le voisinage. Je passe un après-midi par semaine chez lui et il vient à la maison aussi chaque semaine. On regarde souvent des films chez lui et chez moi on joue dans la piscine et aux Playmobiles.  On aime aussi lire des livres ensemble. Son repas favori est la pizza!

Théo 

Le grand-papa de Théo est français, mais sa grand-mère et sa mère sont Burkinabées.  Au foot il joue très bien à la défense.  Il est un peu gaffeur et fait souvent tomber sa chaise en classe.  Il est assis complètement à l’avant, devant Luka.  Il habite une grande maison avec une piscine. Son papa est très gentil et il conduit une petite auto rigolote qui ressemble à une grosse boîte de sardines!

 Djibril 

Djibril aime aussi beaucoup le foot.  Il est le 2e buteur de la classe, après Luka. Il est très grand, pourtant il n’a que 9 ans.  Il est Suisse, Français et Burkinabé. Il est très gentil, ricaneur et blagueur! Des fois, au foot, il fait à semblant de manquer son coup pour nous faire rire.


Tilouann 

Tilouann est arrivé au Burkina presqu’en même temps que moi et habite le même quartier appelé « Koko ». Il est ici  pour 6 mois avec sa famille qui vient de la Bretagne.  Il a une sœur qui s’appelle Awa et qui a 5 ans.  Il n’aime pas trop le foot, mais les mardi et vendredi on partage un cours de Judo.  On fait souvent des sorties avec sa famille, comme à Banfora (Voir 24h top chrono à Banfora!), à la Guinguette (voir Jii) ou lors des cafés concerts au Centre Culturel Français, qui est juste devant notre école.

Ibrich

Hollandaise, elle est la seule fille blanche de ma classe.  Elle a encore un peu de difficulté à parler français, mais elle est très bonne à l’école et très sage en classe.  Elle aime la course et c’est la meilleure à la nage. Elle a deux petites sœurs plus jeunes qu’elle.  Elle a tellement aimé ma fête que cette semaine, elle viendra jouer à la maison en même temps que Luka!


Hanipha 

Burkinabé, il aime jouer au foot et au jeu de la « capture ». Il est très intelligent et ses matières favories sont le français et l’histoire. Son « comportement » est toujours dans le bleu et il est rapide pour compléter ses travaux de classe. Il a une grande sœur en CM2 (5e année) qui est très gentille aussi.

C’est avec tous ces amis que j’ai soufflé mes 9 bougies sur le gâteau au chocolat que Balkissa avait cuisiné.

Oh! J’ai presque oublié! Deux amis importants qui étaient à ma fête, mon petit frère Justin et mon « moyen » frère et grand ami de toujours Dominic, le ricaneur, Québécois pure laine, qui adore le foot et avec qui je partage ma chambre!

Merci pour la belle fête et vos cadeaux!!!

Jérémie


vendredi 17 mai 2013

Magiques et Mystérieux, les Masques du Burkina


Quand on aborde un sujet comme les masques, il faut une première mise en garde. Quel que soit le récit qui va suivre, sachez qu’il est fondé sur beaucoup de mystères, de nombreux secrets, une panoplie de non-dits et surtout une grande dose d’incompréhension due à nos esprits occidentaux! Comme l’exprime Balkissa : « C’est difficile d’expliquer en mots ce que signifient les masques. »
Mais voici tout de même, pour camper le sujet, une citation des frères Assane & Ousseni Ouattara, artistes spécialisés dans la confection de masques :
« En Afrique, les masques « sortent » lors de cérémonies importantes : cultes des ancêtres, des morts, rites d’initiation ou fêtes communautaires. Créations éphémères en feuilles, sculptures de bois ou de métal, ils permettent de communiquer avec les défunts ou avec des esprits. Ils masquent au sens propre comme au figuré celui qui les porte, afin de l’aider à personnifier une force errante, esprit ou dieu. »

Dioulassoba
La région de Bobo-Dioulasso est particulièrement reconnue pour ses célébrations des masques. Notre première expérience est lors de la visite de l’ancien quartier : Dioulassoba. Notre guide, Boubakar nous explique que les masques sortent à de rares occasions pour célébrer la mort d’une personne très âgée de la communauté.
Il nous prévient que ces masques déambulent dans les rues avec des fouets, et frappent les descendants de la personne défunte! Quelle surprise quand on aperçoit ces êtres recouverts de fibres vertes! Une représentation typique de création éphémère. Lorsque l’on dit « masques », il faut comprendre un costume complet qui couvre de la tête aux pieds et rend complètement anonyme celui qui le porte! Les masques qui rôdent dans le vieux quartier passent au côté d’une jeune femme qui porte le portrait du défunt, elle reçoit de généreux coups de fouet sur sa jupe, qui est composée de 4 ou 5 épaisseurs de tissu et autres doublures!
Kuinima
Avril et mai sont les mois des célébrations annuelles des masques : forme de funérailles collectives, hommage aux défunts, aux ancêtres et, bien entendu, fête populaire! Balkissa nous invite dans son quartier pour les masques. L’effervescence est palpable dès notre arrivée; tout le quartier semble se retrouver dans la rue!


Les premiers masques rencontrés sont parés de fibres rouge vif, mauve, orangé et coiffés de large sculpture en bois finement taillé. Les groupes formés de 4-5 masques sont suivis par des dizaines de personnes, voire une centaine. Ici et là ils s’arrêtent quelques minutes pour danser devant une concession où les habitants ont sorti nattes et chaises pour assister au « spectacle » de la rue!
Une procession solennelle composée seulement d’hommes passe devant nous. « Ce sont des griots qui président les funérailles » nous précise Balkissa. « Retournons à la maison, mon fils doit arriver avec son groupe qui anime la fête ». Abdoul arrive en sautant avec ses amis; il porte une hache traditionnelle à la main. Un masque les suit, s’assoit sur le chef de famille qui lui tend quelques pièces de Francs CFA et la troupe repart frénétiquement. Toute la journée jusqu’en soirée et ce, pendant 3 jours, les masques amèneront de la vie dans les rues du quartier Kuinima, tout en célébrant les morts!
Koumi

Quelques semaines plus tard, nous sommes en route vers Koumi, un village traditionnel près de Bobo. « Il doit y avoir une fête au village, il y a trop de monde sur la route » annonce Aruna, notre guide. Sérafin, son oncle, nous confirme qu’il y aura des masques aujourd’hui!
Vers midi, nous nous retrouvons sur la place centrale du village où un grand cercle est tracé de poudre blanche. Notre banc a beau être accolé au cercle, quand les masque arrivent il y a au moins 5 rangées de personnes assises devant nous!
« Chaque masque représente des défunts des différents quartiers du village, divisé entre les nobles, les agriculteurs, les forgerons et les griots. » Les griots, ou les gardiens des traditions, sont également responsables de la musique, afin de communiquer « avec les différentes dimensions du monde » soit : les vivants, les ancêtres et les esprits. Celui qui s’exprime au tambour est particulièrement charismatique. Il approche un-à-un les masques assis autour du cercle, il les amène à danser au centre et, de temps en temps, des jeunes viennent sauter et réaliser jusqu'à des saltos, au grand bonheur de la foule.
Foule qui se fait nombreuse et insistante pour voir les prestations! À un certain moment, une vague humaine déferle sur notre section et les bancs sont renversés! Un masque est arrivé avec son fouet et s’est mis à menacer les spectateurs en frappant le sol! Après le tumulte, Jérémie et moi nous frayons un chemin à l’avant-scène. Jérémie sera pris dans les bras d’un ami à quatre reprises pour éviter un mouvement trop brusque de la foule…Ça frise la folie… Mais nous sommes au cœur de l’action!
Les derniers masques, qui arborent des cornes de bélier, font leur entrée. « Ils représentent la brousse, ce sont les plus importants; sans les agriculteurs, les autres quartiers ne peuvent exister.» annonce fièrement Sérafin.
Sindou

C’est à Sindou que j’assiste aux masques de nuit pour la première fois. Notre guide, Sinali vient me chercher à 1h du matin. « Cette nuit précède les célébrations du 7e jour du décès d’une aînée » m’explique-t-il en route vers un espace en bordure du village. Quelques centaines de personnes sont présentes. Certains sont au centre pour danser en ronde derrière les musiciens. On brûle des gerbes de paille pour éclairer le passage des masques qui entrent et ressortent à tour de rôle. « Ce sont surtout des masques de chats, qui peuvent chasser la nuit. Ils chassent les mauvais esprits pour que demain on puisse célébrer la défunte sans réserve », précise Sinali avant d’ajouter avec un sourire : « Ici tu ne meurs pas, tu voyages. »
À 2h, il me dépose au camp et alors que je me glisse dans le lit sans réveiller les enfants, je peux encore entendre la rumeur des tambours et des chants qui sont pourtant à plus d’un kilomètre.
Je reviens aux mots des frères Ouattara : « Chaque masque est comme un livre ouvert qui fascine d’abord par sa couverture étrange. Poussés par la curiosité, on l’ouvre, on le décrypte, pour finalement se laisser envoûter au fil des pages. »
Éric et Sophie

mardi 30 avril 2013

24h Top Chrono à Banfora!


Dimanche 28 avril 2013

Préambule : Ce samedi c’est le début des vacances scolaires de deux semaines des enfants. Nous avions prévu partir trois jours à Banzon, un petit village sans électricité, ni eau courante où je vais travailler aux deux semaines, auprès du centre d’étuvage du riz. «  Oui Zénabou…Quoi?… (i) le forage a débuté pour le puits, (ii) le représentant de la commission de contrôle couche dans ma maison (!), (iii) Tyler (le volontaire des corps de la paix) est parti à Bobo, (iv) Sali aussi est à l’extérieur et (v) le commerçant qu’on devait rencontrer ce lundi, ne viendra pas…OK... »  Sophie on a besoin d’un plan B!!!  « Béatrice, Vincent et les enfants partent pour Banfora en train, qu’est que ça vous dit les enfants? » Ouais, ouais, ouais!!!  « Béatrice, ok, donc rdv à 14h30 à la gare, le train doit partir vers 15h ou 16h! »

14h      Départ avec Négué, Taxi man #2, Moussa est en voyage en Côte d’Ivoire.
14h30  Arrivée à la Gare. Il est inscrit 17h sous  « Arrivée probable à Bobo »!
15h      Les billets sont achetés et on part, à pied, pour la piscine du Centre Muraz.

16h15  Rachel, une collègue de Sophie, croisée au train nous appelle : « Le bagagiste m’a appelée, le train est arrivé, faut aller à la gare! »  Vite, vite les enfants!
16h30  Arrivés à la gare, pas de train en vue, mais tout le monde attend, pratiquement assis sur les rails!  Le bagagiste est là pour nous réserver des sièges!
17h      Arrivée du train, notre bagagiste entre le premier avec les autres « délégués » aux sièges et… nous avons 7 places pour les 9, c’est pas mal!

17h15  Départ du train. Vincent sort le Pop Corn, moi les pretzels, Sophie les sandwichs.
18h30  Le soleil se couche, les enfants ont le nez par les fenêtres pour sentir la campagne Bobolaise qui défile doucement. C’est la savane, quelques concessions, un terrain de foot rempli d’enfants, de majestueux manguiers, quelques petites collines, pas un seul véhicule!
19h15  Justin fait un gros dodo sur mes genoux.
19h45  Arrivés à Banfora, Vincent lance « Les Toubabou débarquent! » ; Nous sommes les seuls à quitter le train qui roulera encore 24h vers Abidjan. Les femmes et leur panier de mangues arrivent en trompe sur le quai. Solo, le proprio du campement du Lac Tanguerela doit venir nous chercher…pas de Solo! « Oui, Oui j’arrive sous peu » dit-il au téléphone. 
20h15  Pas de Solo.
20h30  Tel. de Vincent à Solo : « Je suis en ville, mais j’ai un problème avec la voiture; le mécano est là, on devrait partir sous peu! »
20h45  Deux omelettes avec du pain pour nourrir les enfants qui se font des scénarios, construisent des lance-pierres et s’occupent très bien!
21h      Tel. de Vincent à Solo, pas de réponse (???)
21h15  On part à la recherche de Solo, à pied, on marche plus d’un km avec les indications des uns et des autres pour trouver la station service mentionnée par Solo, mais en vain! On tente de trouver un taxi, mais il est trop tard!
22h      Retour à la gare, à pied, les filles cherchent un nouvel hébergement. « Oui, le Ronier, vous êtes plein…Ok! Le Calypso, vous avez deux chambres, Parfait! Avez-vous le téléphone d’un taxi, quoi, je ne comprends pas, pouvez-vous appeler un taxi, T.A.X.I… On est à la gare…G.A.R.E… Quoi…?...Bon, on arrive! »
22h30  Solo nous rejoint en moto alors qu’on est en route, à pied, vers le Calypso. « Je suis déçu, l’auto est toujours en panne, quelqu’un vient la chercher pour nous aider »  « Tu es où depuis 21h00? » demande Vincent,  « Mon téléphone est déchargé » !!!  « On est trop crevé pour discuter Solo, bonne nuit! ». Moi je marche déjà vers le Calypso avec les enfants qui, honnêtement, réagissent très bien devant ce « léger contretemps » !
22h45  Arrivée au Calypso, les cases sont superbes, on ajoute deux matelas, douche rapide des garçons qui se couchent aussitôt, sauf pour Justin (vous vous souvenez, sa p’tite sieste dans le train?)
23h      Une bière, des avocats, d’la mayo, des arachides, des pretzels et du fromage, on s’organise un souper comme on peut!
23h15  Justin sort de la hutte pour la troisième fois : « Est-ce que Madame Pervenche à tué Monsieur Olive avec le chandelier? » On pouffe de rire, je crois qu’on joue trop au CLUE de ce temps-ci!
23h30  Pas de bruit provenant des cases, tout le monde dort, on profite du moment de quiétude!
23h59  Il est l’heure pour nous de se coucher, demain sera un autre jour!

7h12    Réveil de Justin, Jérémie et Sophie
7h30    Je suis réveillé et nous déjeunons tous sous une grande payotte
8h45    Dominic, le dernier, sort avec son Léo! (son petit ami du dodo)
9h        On fait des téléphones pour louer des motos.
10h      Après 1km à pied, on arrive aux motos, 3 Renault P50 à pédales et une japonaise pour moi, qui roule avec Dominic et Justin (j’le sais, ne faites pas ça à la maison!)
10h30  Sophie fait ses premiers 100m à moto de toute sa vie!
11h      Tout le monde est prêt, on a mis du gaz, ajusté les freins (!!!) et acheté du pain. Départ vers les Cascades sur les petites routes de brousse.
11h30  Vincent s’arrête pour attendre Béatrice qui est à pas de tortue, et qui doit constamment pédaler dans les côtes pour faire avancer sa P50! Malheureusement, la sienne ne démarre plus (!!!) Comme toujours, il y a un mécano de motos à moins de 100m! Vincent y rencontre Djibril, un étudiant à Ouagadougou, qui  nous accompagne pour le reste de la journée! 15 minutes plus tard, la moto repart.
12h      Nous sommes en bordure des champs de canne à sucre et on attend toujours Béatrice! Vincent : « Allez-y, on se rejoint à l’accueil, j’vais aussi rouler doucement, je crois que je n’ai plus de frein (!!!) »
12h30  On a franchi les 15km en 1h30…WoW, j’aurais été plus rapide à la course avoir voulu!!!  « Vincent, vous êtes où? »  « Béatrice est tombée en panne, mais on est repartis, on arrive! »
12h45  Les motos sont stationnées, le proprio des motos appelé, il viendra régler le tout!
13h      Après un joli sentier bordé de grands arbres, on arrive enfin aux Cascades. L’endroit est superbe, on peut se baigner, se faire masser le dos sous les murs d’eau, sauter du haut des rochers, prendre du soleil, faire un pique-nique, et …se reposer un peu!

15h      Tel. pour l’autobus, pas de place à 18h, ce sera 19h30 et il ne reste que 7 sièges (décidément, une chance que Justin et Awa sont petits!)

16h      On quitte les cascades.
16h15  Selon le responsable du stationnement, le proprio des motos est venu réviser celles de Vincent et Béatrice.
16h30  On prend la route doucement. Sous la lumière de fin d’après-midi, les paysages sont superbes. Justin compte les vaches, je vois passer deux couples de perroquets, Dominic aperçoit 8 cochonnets et leur maman. Les enfants des concessions que l’on croise courent vers nous pour nous saluer. De majestueux baobabs bordent la route. C’est de toute beauté! Sophie arbore un large sourire, ses débuts à moto sont des plus appréciés!


17h00  On s’arrête pour attendre Béatrice, le téléphone sonne : « Je suis en panne! » Vincent reste avec la moto et trouve un mécano. On poursuit avec Béatrice et Tilouann.
17h30  Béatrice s’arrête…Avec la moto de Vincent cette fois…Des citrons tu dis!!!
17h45  Avec Sophie et les enfants on rejoint le proprio des motos à Banfora : « Les autres sont sur la route, en panne, et ils en on plein le pompon!!! » Il a très bien compris! Il part avec les deux bonnes motos et un mécano.
18h00  Béatrice et Tilouann arrivent. Vincent et Awa suivent après 5 minutes. On reste sérieux pour négocier un remboursement, mais honnêtement, on a juste le goût de pouffer de rire tellement c’est impossible le nombre de pannes vécues en 24h!!!
18h15  On va manger un peu.
19h      On se rend à la gare.
19h30  Djibril nous souhaite « Bonne route » avec un sourire en coin! Le bus est plein. Mon voisin m’offre des noix de cajou; Dominic, Tilouann et Jérémie se racontent (encore!) des histoires; Justin et Awa s’endorment sur leurs mamans; Vincent me promet une bière si on se rend sans arrêt!
21h      On arrive à Bobo, le trajet est sans histoire!!!

Bilan unanime de notre fin de semaine : « On a eu beaucoup de plaisirs!!! » Comment expliquer ça, devant de si nombreux « contretemps »? Une bonne dose de sagesse africaine : « Y’a pas de problème! », la joie des « aventures », et assurément de la bonne compagnie! Merci Béatrice, Vincent, Tilouann et Awa!!!

Éric