lundi 31 mars 2014

Tours de ville

Deuxième ville du Burkina, capitale culturelle, économique et même politique à une certaine époque, Bobo-Dioulasso, ou tout simplement Bobo, a des airs de grand village où il fait bon vivre! Chaque matin, nous parcourons la ville à pied ou à vélo, en route vers l'école, le travail ou tout simplement pour maintenir la forme!  Voici ces tours de ville quotidiens dans les rues animées de Bobo!

Au boulot à vélo

Le matin, en traversant le portail à vélo, les enfants et moi descendons notre belle rue bordée de grands Acacias. Justin salue les gardiens assis à l’extérieur des maisons. Nous dépassons la clinique médicale Exalab, où l’on tournait pour aller visiter Béatrice et Vincent. Quand on dépasse La Giovani, le restaurant préféré des garçons, Dominic me demande : Quand va t-on y retourner maman?

Sur le chemin, nous rattrapons Jérémie qui lambine en faisant des zigzags entre les trous de la rue, ou qui s’est arrêté sous un arbre pour boire de l’eau. Il est 7:45, mais il fait déjà 30°C! Arrivés au bas de la côte, les enfants garent leurs vélos et vont rejoindre les amis pendant que j’accompagne Justin à sa classe.

De retour à vélo, je fais demi-tour et je me dirige vers le travail. À la lumière, je tourne à gauche pour traverser le pont où les femmes lavent leur linge qu’elles étendent sur les arbustes. Je tourne à droite au premier six mètres pour traverser le « centre ville » et je m’arrête au Rond-point de la Mairie en attendant mon droit de passage.

Voici une de mes scènes préférées. À ma droite, le soleil est déjà dans le ciel et j’aperçois les petits ateliers d’artisans qui bordent la rue Vincens. Il y a un pont, toujours bondé de motos, qui enjambe la rivière où l’on peut voir les poissons sacrés du vieux quartier de Dioulassoba. Devant moi, la Grande Mosquée de Bobo-Dioulasso qui date de 1893. Emblème de la ville de Bobo, elle est construite en banco, avec ses minarets coniques et ses étais de bois qui soutiennent la structure et servent d’échafaudage d’appuis lorsqu’il faut refaire le revêtement.

Je pédale devant la Grande Mosquée et je continue doucement jusqu’au bout de la rue, en longeant les potières qui ont installé leurs créations sur le bord de la route. Il y a le grand terrain de foot où des centaines d’enfants se mettent en rang pour entrer à l’école de quartier. De temps en temps, j’entends un burkinabé qui m’appelle tout en buvant son Nescafé au maquis du coin : « Hey! Toubabou Mousso! »

Je tourne à gauche sur le Boulevard de la Révolution où je dois me faufiler entre les taxis, les mobylettes, les camions de transport et les piétons. À la première lumière, je tourne à droite, puis je rejoins la piste qui va me mener à REVS+, ou je travaille. Ici, c’est certain que je vais me faire interpeler! Lorsque je passe un entrepôt, les jeunes travailleurs me saluent : « La Blanche! », et les enfants au bord de la rue chantent en coeur : « Toubabou, Toubabou! »

Arrivée à REVS+, je descends de mon vélo et je suis accueillie par les patients assis sur le muret de la clinique médicale. « I dansé Sophie! » (Bonne arrivée!)

La journée commence!

Il y a tant de dépaysement dans mon trajet quotidien mais, avec le temps, ces scènes de Bobo sont devenues pour moi une source de réconfort : « It’s home away from home… »

Sophie



Un Demi à Bobo

La chaleur après la levée du soleil n'est pas propice à la course, il faut donc se lever tôt pour aller courir et encore plus quand un demi-marathon est inscrit au programme! Quand je quitte la maison, vers 6h30, la ville semble dormir. Des femmes passent le balai le long du chemin pour amasser les nombreux sacs de plastique. À l'église Patro, je croise déjà les fidèles endimanchés. Un crochet devant l'Institut Français et un tour du Rond-point des Nations, le plus important de Bobo qui, le soir venu, sera bien éclairé d'un grand "sapin" vert, jaune et rouge, aux couleurs du Burkina. Je monte devant le grand camp militaire Coulibaly, une ville dans la ville. Les gendarmes ou les cadets y terminent leur course matinale; 200 personnes aux pas cadencés, c'est impressionnant!


Je croise ensuite le chemin de fer, la brasserie Brakina et le Rond-point de Kadhafi. Virage à 90° devant le mur de l'aéroport, descente légère sur quelques km. Des jeunes marchent en groupe vers l'école avec leurs chemises ou leurs blouses de même couleur. À chaque fois ce sont les murmures: "Toubabou"... "Nasara", "le Blanc" en dioula ou More. Virage à gauche sur 90° et je monte vers les bureaux de l'UNERIZ où je travaille. Il est 7h, Sanou y vend déjà le riz étuvé aux passants. Lorsqu'il me voit, il agite la main vigoureusement avec un large sourire. Au 9e km, j'atteins le Stade Multisports de Bobo ou, il y a quelques semaines, nous avons eu la chance de voir le grand Salif Keita, la "Voix d'or de l'Afrique".

Je prends le Boulevard de la Révolution qui descend légèrement et me permet d'augmenter la vitesse. J'ai toujours droit au "Courage"; ou "Faut pas lâcher!" de la part des jeunes responsables des p'tits autobus qui partent vers les divers villages de la région. Prochain virage sur la rue la Grande Mosquée. Aboubacar, notre guide du vieux quartier, est là avec ses amis. Je longe le centre-ville et je recroise le Rond-point des Nations, cette fois, pour monter la longue côte vers le Rond-point des Chevaux, officiellement appelé le Cinquantenaire! Virage vers la maison de la culture, un superbe édifice en rond qui domine le paysage, mais qui est trop peu utilisé. Soir et matin, on y croise des jeunes et moins jeunes qui viennent faire "le sport"... quelques tours de la maison entres amis, ils s'arrêtent pour quelques exercices de musculation, des étirements et reprennent le chemin vers leur quartier respectif.

Dernière partie, je contourne le Rond-point de la Femme, l'un de nos préférés de Bobo, qui est au carrefour vers Ouagadougou. Déjà, 20km au compteur. Je descends légèrement, mais suffisamment pour augmenter la vitesse de nouveau et me donner une dose de plus d'endorphine, pour énergiser ma journée et surtout pour bien vivre Bobo dans toute son effervescence.

Éric




dimanche 23 février 2014

Ces gens qui nous entourent

Depuis un an, nous vivons au Burkina Faso et comme vous pouvez vous en douter, il y a eu plusieurs ajustements à ce nouveau pays : nouveau climat, nouvelle culture, nouvelle école et nouveaux défis professionnels. Au Québec, nous avons notre réseau, parents, amis, et voisins sur lesquels compter en cas de besoin.
Ici au Burkina, ce réseau était à refaire.  Au fil des mois, nous avons eu la chance de trouver des gens qui ont, aujourd'hui, fait leur place dans notre quotidien. Certains consacrent leur journée au bien-être de la famille, d'autres ne font que passer, de temps à autre, pour nous offrir quelques fruits, un jus ou un important service. Nous souhaitons vous les présenter et en profiter pour les remercier d'égailler nos vies et celles de nos enfants.
Balakissa, la cuisinière
Cuisinière hors pair, Balakissa travaille auprès d'expatriés depuis plus de 12 ans. À chaque semaine, c'est la tournée des marchés. Ne croyez pas que tout s'achète au même endroit; Balakissa sait où trouver les meilleurs produits, aux meilleurs prix. Il y a les ingrédients pour les mets locaux, comme le riz sauce arachide ou le tô sauce babinga et   il y a les recettes occidentales qu'elle a apprises au fil des familles : quiche au poireau, nems, et l'incontournable pizza du vendredi soir! Au delà de la cuisine, Balakissa c'est notre interprète culturelle qui sait faire le pont entre la culture locale et la nôtre, et surtout c'est une valeur sûre en cas de problème. Lors du dernier palu de Sophie qui l'a alitée pendant 48h dans une clinique, c'est Balakissa qui a passé ses nuits à ses côtés pour permettre à papa d'être à la maison avec ses enfants! Nous avons compris alors que nous étions entre bonnes mains!
Salimata, la nounou
Salimata, c'est la nounou des enfants, mais en toute vérité, elle n'en a que pour son Chéri Coco. Du haut de ses 4 ans, Justin est la coqueluche partout où il va! Et il n'est pas peu fier de toute cette attention! Avant chaque voyage, il se fait sermonner par Salimata : "Ne laisse pas une autre femme te marier!" "Mais non", répond-t-il, le sourire en coin, l'air gêné! Pour l'anniversaire de Salimata, nous lui avons offert un beau pagne coloré. Une semaine plus tard, elle portait fièrement sa nouvelle robe, mais surtout, elle offrait à Justin un petit costume avec le même tissu... Cette fois c'est vraiment pour la vie!
Aïsha, la vendeuse de fruits
La petite Aïcha vient nous visiter tous les deux jours avec son grand plateau de bananes. Souvent on la croise à l'école des garçons ou sur notre rue où elle se promène de maison en maison avec sa demie-soeur. Elle nous salue toujours chaleureusement de son espiègle sourire. D'ethnie Peule, elle a grandi dans un village près de Bobo avec une tante et ses enfants. Ses parents vivent en Côte d'Ivoire. Elle n'a pas fréquenté l'école et vend des fruits depuis quelques années déjà. "Tu aimerais un jour te marier Aïcha?" Elle se retourne timide et répond d'une voie basse: "Quand mes parents me choisiront un mari". Elle roule un morceau de tissu méthodiquement, demande notre aide pour remettre sur sa tête son grand plateau, et prend la route vers une autre demeure.
Adama, le taxi man
Adama a remplacé Moussa depuis que celui-ci est en Côte d'Ivoire. Le grand gaillard conduit une toute petite Renaud 205 qu'il maintient sur la route avec des bouts de ficelle. Il avait fini de rembourser son prêteur, mais un bris de moteur l'a replongé dans les paiements pour quelque temps. Dominic s'assoit toujours devant pour discuter avec Adama. Le chauffeur lui raconte des histoires de sa jeunesse, quand il habitait dans un village de pêcheurs près de Banfora. Il le gronde quand Dominic se chicane avec Justin, car ici le cadet de la famille a TOUJOURS raison. Depuis que Justin est allé à la pêche à Banzon, Adama lui demande quand il recevra son capitaine : un poisson à chair blanche très apprécié au Burkina. Engagé dans le mouvement politique burkinabé, Adama écoute toujours RFI et discute avec les enfants sur les années Sankara, les prochaines élections, et les actualités de Bobo. Quelle surprise pour Dominic quand il a appris qu'Adama n'avait pas d'électricité chez lui. Tout à coup, il a compris qu'il était chanceux...
Sali, la vendeuse de jus
Avec un grand sourire, Sali me salue « I barada do Sophie ?» (Comment va le travail?). À tous les jours de la semaine, vers 13:00, elle arrive au Centre Médical de REVS+ avec son grand chapeau de paille, poussant un charriot avec 2 glacières débordantes de sachets de jus qu'elle a concoctés à l'aube. Deux choix s'offrent à nous : gingembre ou jus de pois sucrés (mon préféré!), qui ressemble à du lait et goûte si bon! Je connais peu de Sali, mais comme plusieurs femmes africaines, elle tire un maigre pécule de ces ventes itinérantes et subvient ainsi aux besoins de sa famille. Elle se lève tôt et pousse toute la journée son charriot, sous le soleil, pour offrir à 50 FCFA (10 cents) ses jus gouteux. Des rayons de soleil qu'elle emmagasine dans ses sachets!
Seydou, le tennis man
À notre grand désespoir, Jérémie a mis fin à ses cours de judo avec l'arrivée des vacances de Noël. Il a proposé, comme alternative, des cours de tennis au Club Muraz, un lieu de convergence pour les expatriés de Bobo. Souvent le dimanche après-midi on s'y retrouve entre amis tandis que les enfants disparaissent à la découverte d'un endroit secret. Seydou est toujours présent. Parfois derrière le comptoir des rafraichissements, mais le plus souvent possible sur le court de tennis pour échanger des balles avec un français, un taiwanais ou deux p'tits québécois et leur amis. C'est ainsi que Jérémie a commencé ses cours de tennis le mercredi soir avec Dominic et son meilleur ami, Édouard. Espiègle et blagueur Seydou ne manque pas une occasion de les faire marcher, au sens propre et figuré : "Papa, Seydou nous a dit que ça faisait 70 ans qu'il frappait des balles...Il a dit qu'il avait l'air jeune car il faisait du sport toute la journée...!?!"  Candeur et joie de vivre, des qualités que l'on pourrait ajouter à tous ces gens qui nous entourent!
Éric et Sophie

lundi 6 janvier 2014

Le Royaume des Animaux


 ♪♪ "Ah! Les cro, cro, cro, les cro, cro, cro, les crocodiles, sur le bord du Nile… ils sont partis, n'en parlons plus! Ah! Les cro, cro, cro, les cro, cro, cro, les crocodiles..." ♪♪
                                                                                                                      Justin

Sophie
Depuis notre arrivée au Burkina Faso, les animaux accompagnent notre quotidien. Le chant du coq le matin, les poules et leurs poussins qui picorent sur le bord du goudron lorsqu'on se rend à l'école. Vers le travail, je croise des gens à mobylette qui transportent une chèvre, un mouton, ou des dizaines de poules!

Les enfants, particulièrement Dominic, adorent cette proximité avec les animaux. Quand on se promène dans un village, ils comptent le nombre de cochons qu'on va croiser. Dominic nourrit les poules avec des grains de maïs que les femmes, en train de piler, lui offrent. Dans les petits restaurants, il court derrière les chats, qui eux, chassent les petits lézards.

En voiture, c'est sportif! À tout moment, nous devons ralentir, pour laisser passer un troupeau de zébus. Parfois, c'est un âne qui traverse la route, et comme le veut l'adage, il est trop têtu pour bouger au bruit du klaxon. Les chèvres, elles, trop naïves, changent de direction à la dernière minute!

De plus, il y a les mares aux crocodiles sacrés, les étangs d'hippopotames où, en pirogue, on a pu observer deux jeunes se chamailler sous le regard de leur maman!

Vous pouvez vous imaginer la joie des enfants d'aller visiter le ranch de Nazinga pour les vacances de Noël avec Mamie et Papi. Le Ranch de Nazinga est au sud du Burkina, tout juste à la frontière du Ghana. Il a été fondé en 1979 par deux Canadiens, Clark et Robert Lungren. D'une superficie de 940 hectares, le parc compte plus de 800 éléphants, des milliers d'antilopes et de gazelles, plusieurs espèces de singes, de nombreux oiseaux, etc. Voici nos rencontres dans ce Royaume des Animaux.

Jérémie
Les éléphants sont les plus beaux et les plus gros animaux du ranch de Nazinga. Au campement où nous logeons, il y a une grande mare. En arrivant, nous avons joué une partie de cartes dans la salle à manger qui est près de la mare et entourée de moustiquaires; c'est comme si on était en pleine nature. Soudainement, nous entendons bouger dans la forêt. 1, 2, 3, 4, 5 éléphants passent près de nous... ils sont ÉNORMES! Nous quittons la salle à manger pour l'observatoire de la mare où les éléphants se dirigent. Un à un, ils s’élancent à l’eau. Ils sont là, à moins de 100 mètres de nous. C'est comme si j'avais la télé devant moi!

Dans l'eau, ils boivent, se trempent complètement, les jeunes se chamaillent un peu. On les a observés pour au moins 45 minutes : ils ont traversé la mare au grand complet. Le lendemain, encore des éléphants à la mare, mais cette fois ils sont plus de 35 à venir s'abreuver...Là, je me sens vraiment en Afrique!


Dominic
En safari du soir, nous voyons un groupe de 18 éléphants avec quelques petits, dont un, de moins d’un mois. Comme nous les observons, la plus grande femelle du groupe commence à s’avancer vers nous pour signaler que nous sommes trop près et surement sur leur chemin. 5 gros éléphants entourent l’éléphanteau pour le protéger et la « chef » ouvre la route. Notre guide bouge un peu le 4 x 4, mais elle continue de nous garder à l’œil et surtout de s'avancer avec insistance...5 tonnes qui se dirigent vers toi, ça encourage fortement à bouger, même si tu es sur le toit d’un 4 x 4! 


Papi
Après les éléphants, les antilopes et les gazelles, sont les plus impressionnantes du parc. À toutes nos sorties, on les compte par dizaines et de plusieurs variétés : Le Cobe de Buffon, le Cobe du Faso, le Guibe Harnaché, etc. Nous en avons vu en solitaires, qui s'abreuvent à un point d'eau, une mère avec son faon, en petits groupes, etc. Les petites gazelles courent avec la même élégance que nos chevreuils. Le plus beau, l'Hippotrague, ou l'antilope cheval, est une bête de plus de 300 kg avec de superbes bois recourbés vers l'arrière. Pour un chasseur, voir autant de beaux gibiers sauvages, c'est toute une expérience. 

Mamie
Depuis mon arrivée à Bobo, je suis surprise par les nombreux arbres qu'on retrouve en campagne et à la ville. Assise sur la terrasse de la maison, dans une ville de 600 000 habitants, je vois seulement 3 toits de maison mais des dizaines d'arbres. Avec toute cette végétation, nous avons la chance d'avoir la visite de nombreux oiseaux; des tourterelles, des oiseaux mouches, et même des chauves-souris, qui viennent s'abreuver dans la piscine en fin de journée.

À Nazinga, je venais voir les gros mammifères, mais quelle fut ma surprise, à notre première sortie, de voir autant d'oiseaux. « Timothé, comment s'appelle ce bel oiseau vert au cou rouge? » « Un guépier » me répond notre guide. « Et celui-ci, tout bleu? » « Le merle métallique! » « Celui-là, avec sa grande queue d'au moins 30 cm? », etc… Je n'ai pas vu encore d'éléphants, mais je suis déjà comblée.

À notre dernière sortie, une grande surprise nous attendait : un couple de Calaos d'Abyssinie, de grands oiseaux noirs, rares, et vénérés en Afrique de l'Ouest où plusieurs peuples lui accordent des pouvoirs de fertilité, de protection et de communication avec le monde des ancêtres! Je suis la première à les voir; Sibiri, notre guide du jour, arrête le 4x4 et je les regarde de nombreuses secondes, jusqu'à ce que la troupe, sur le toit, s'exclame de Ho! et de Ha! Nos amis ailés partent alors rapidement dans la savane!

Éric
Les premiers animaux qui nous accueillent dans le parc de Nazinga sont de petits singes assis sur la terrasse de notre chambre. "Des singes verts" nous explique Timothé. À tous les jours, ces petits êtres curieux nous approchent, montent dans les arbres avec agilité, s'amusent et repartent promptement dans la brousse. Lors de nos sorties, c'est Dominic le premier qui aperçoit un grand Babouin qui marche à moins de 20 mètres de la route. Il s'assoit, pousse un grand cri, comme un aboiement, et rapidement le reste du groupe sort de la brousse. Quelques femelles portent leur petit sur leur dos. Deux jeunes s'arrêtent, l'un enlève quelques poux sur la tête de son cadet et ils se remettent à jouer en grimpant dans un arbre.

Le dernier jour, alors que nous quittons tout juste le campement, c'est une famille de plus de 20 babouins que nous croisons. Les femelles sont assises avec leur petits bien protégés dans leurs bras, les jeunes montent aux arbres, les grands mâles restent à distance avec un oeil sur nous pour s’assurer que l'on garde nos distances. Un jeune adulte monte très haut dans un arbre, le temps de faire la pose pour quelques clichés. Après 15 belles minutes d'observation, ils repartent, se suivant dans la forêt, les jeunes faisant la pagaille aussitôt qu'ils en ont l'occasion...Ce seront les derniers animaux qui nous avons la chance d'observer à Nazinga, trois jours durant lesquels nous avons croisé plus de 100 éléphants, et autant de gazelles et d'antilopes!  

On ne peut terminer ce récit sans citer de nouveau Justin, qui du haut du 4x4, devant un groupe d'éléphants ou admirant un soleil couchant, nous chante:

♪♪ "Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel, avec des jouets par milliers..." ♪♪

Il nous rappelle que notre Noël 2013 fut atypique, loin du froid et de la neige, mais riche en rencontres...animalières!

Bonne Année 2014!

La Grande Famille St-Pierre!

mardi 17 décembre 2013

Les Aventures de Papi


La Police du Marché!

Tous les matins j'amène les enfants à l'école en vélo et ensuite j'explore Bobo à deux roues. Une journée, en visite au Grand Marché, j'entre dans un sens unique...Les policiers sont là, et me sifflent après quelques mètres...L'un prend mon vélo, l'autre me demande de l'accompagner. Au poste, je rencontre l'Assistant de Police Municipale qui me fait entrer dans son bureau. "Habituellement, l'amende est de 6 000 Franc CFA (12$), mais on peut s'arranger!" dit-il! D'abord, je dois te sensibiliser..." Après 20 min. de conversation sur les réalités de la sécurité routière à Bobo,  il me dit que je pourrais peut être l'aider un jour car il aimerait venir au Canada!  Je lui donne mes contactes, à quelques chiffres près (!), et on se serre la main. Je repars avec mon vélo et tous mes FCFA! 















Mes amis les maringouins!

L'Afrique me rentre dedans! Première semaine, au moins 101 piqures de maringouins! Piqures...démangeaison...j'me gratte...elles gonflent.. Et il y en a de nouvelles à tous les jours! Pourtant, les autres membres de la famille n'ont rien...sans prendre plus de précautions que moi! C'est très injuste!

La Débrouillardise africaine!

Dominic fait une démonstration de karaté et fend ses shorts sur 20 cm, on pense les jeter tellement elles sont déchirées. Je trouve un couturier sur le bord de la rue, qui doit avoir 75 ans...un bon 60 ans d'expérience! Il répare le trou sans que rien n'y paraisse. Pour 100 FCFA (0.20$).

Un matin, en route pour mes visites quotidiennes, j'ai une crevaison sur le vélo de Sophie! Je trouve un réparateur à moins de 100m, il saute sur mon vélo, sort la chambre à air, applique 2 "patchs" et remet le tout en place.  15 minutes plus tard et délesté d'à peine 200 FCFA (0.40$) je suis reparti!

Près de la maison, je croise un doyen à vélo avec une petite meule sur son porte bagage.  Je l'interpelle pour voir qu'est-ce qu'il fait avec sa meule et surtout pour l'inviter à la maison pour aiguiser les couteaux de cuisine.  Il a rebroussé chemin, s'est arrèté devant le portail.  Pendant que je récupérais 4 couteaux, il s'est assis et a mis la meule à ses pieds. D'une main il activait la meule et de l'autre il glissait la lame du couteau sur la pierre. 4 couteaux affutés pour 300 FCFA (0.60$).

Des artisans habiles à tous les coins de rue...Vive la débrouillardise africaine!

Le Vieux Quartier

Nous visitons le vieux quartier de Bobo avec Aboubacar, un guide qui nous fait connaitre les 4 communautés: animistes, griots, forgerons et musulmans.  Le quartier est très dense et riche en coutumes diverses. Entre autre, la maison des "palabres", qui sert a tout ce qui touche la communauté: justice, mariages, conflits familiaux, etc. Une maisonnette de quelques mètres carrés avec un banc au milieu pour une autorité du village et des bancs tout autour pour les personnes concernées.  Une tradition qui favorise le dialogue.

Passage obligé de toute visite du vieux quartier, nous entrons au "Cabaret" où les femmes font une bière artisanale à base de mil et qu'on appelle le "Dolo" et qui est servi aux hommes comme aux femmes dans des calebasses coupées en deux.  Pour le goût...J'ai subtilement donné ma calebasse à Éric qui est maintenant habitué à cette saveur unique!

Après 2 heures de visites, nous assistons à une célébration des masques au centre du village. Des danseurs costumés qui culbutent au son des tambours. Nous avons la chance d'être assis juste derrière le chef coutumier, le chef des masques et autres doyens du village devant lesquels les masques offrent leurs plus grandes prouesses. Un très très beau moment, mais pour lequel je n'ai aucune photo...Les piles étaient à plat!!!

Les Sorties à Vélo

Sortie à vélo avec Éric, et ses amis, Fabrice et Paul. La première sortie de 45 km s'est faite principalement sur le "goudron" avec un 6 km en sentiers où l'on a croisé un joli village et de superbes arbres. Belle sortie, mais il me manquait mon cuissard, oublié au Québec. Au marché, dans la section des friperies, je me suis trouvé un cuissard neuf pour 500 FCFA...1 $ !!!

Je suis donc fin prêt pour la 2e sortie, le samedi suivant. Le goudron vers l'aéroport, suividu passage dans un quartier populaire de la périphérie de Bobo et nous traversons la forêt du Kou où la fraicheur est remarquable! On traverse un pont suspendu de 20 mètres. Prochaine destination, la maison de campagne de Fabrice, construite en voutes nubiennes, un bijou d'architecture! 


Au départ de la maison de Fabrice, nous avons près de 30 km au compteur et il nous reste 15 km pour rejoindre Bobo...15 km de sentiers... Sentiers étroits, accidentés, où ca monte et ça descend.  Même avec les cuissards, j'ai mal à des endroits ou je n'ai jamais eu mal de ma vie! Certaines sections sont ensablées, d'autres très endommagées! À un moment, je passe par dessus les poignées...Un vrai vol plané! Je me relève avec quelques éraflures, mais je repars doucement.  Dès le 32e km, je dois arrêter plus souvent, pour reprendre mon souffle...Au 35e, j'abdique, incapable de faire baisser mes pulsations sous une température qui est maintenant de 37 °C! Je me couche à l'ombre! Fabrice et Paul partent à vélo pour aller chercher une moto et me ramener à la maison. J'ai même trouvé les km à moto difficiles...Enfin le goudron, et un repos bien mérité, j'aurai atteint le fond du baril! 

Gaoua

Fin de semaine à Gaoua, le Sud-Ouest du Burkina, frontalier avec le Ghana, à 3 heures de route de Bobo.  Les paysages sont magnifiques, c'est la campagne avec ses champs de coton, ses petits villages et ses maisons en pisées.  Gaoua, c'est la plus grande ville du territoire Lobi,  composé de 7 ethnies qui ont chacune leurs distinctions et surtout des cultures toujours biens vivantes aujourd'hui. Nous découvrons ces peuples par la visite du musée du Poni, l'un des musées les plus visités du Burkina, qui compte de splendides photos prisent il y a 100 ans. 

Le lendemain matin on prend la route avec notre guide, appelé Bébé!  Notre premier arrêt se fait dans une maison Lobi, où vit une famille au sens africain composée du chef de famille, ses frères, petits frères, et quelques 15 femmes et leurs enfants. La maison Lobi est une sorte de fortification avec de toutes petites fenêtres et une seule entrée où logeaient les animaux la nuit, pour ébruiter tout intrus qui voudrait entrer! Le grenier est au centre de la construction et accessible seulement par le toit où se trouve aussi la chambre du chef de famille. Les gens sont très souriants malgré le dénuement apparent, c'est touchant à voir, et Angèle est aux anges dans cette immersion africaine.

Nous poursuivons notre route pour atteindre la Volta Noire, une grande rivière qui tient lieu de frontière avec le Ghana.  Un gros camion se fait remplir de vêtements venus d'Europe ou d'Amérique! De gros ballots de linge traversés en pirogues et rechargés de l'autre coté par 20 jeunes qui besognent avec ardeur. Ils en ont pour la journée avant que le camion reprenne la route vers Gaoua. Nous effectuons un tour en pirogues afin de profiter de la belle température et mettre les pieds au Ghana, pour quelques minutes!


Vers 15.00 hre nous roulons 1 heure avant de monter notre campement dans la cour d'une école. Ça doit faire 30 ans qu'on a pas dormi dans une tente...deux petits matelas, un draps et un sac de couchage...Pour nous deux! À 18h, la nuit tombe rapidement avec... la fraiche de décembre...Quand il fait 35°C le jour, des nuits à 20 voir 19°C,  c'est plus que frais, c'est frette comme on dit au Québec!!! 

La nuit est superbement étoilé, le ciel en est rempli d'astres lumineux! Les trois loups se couchent ensemble à 20h. "Maman, Justin prend toute la place!"  "Maman, Jérémie ne partage pas la couverte!" "Papa, j'ai froid aux pieds!"...Finalement à 21h tout le monde dors...ou presque!  Vers 2h du matin, c'est Justin qui chigne, il va dormir avec ses parents. À 5h, on les entend sortir de leur tente vers celle d'Éric et Sophie, ils sont maintenant 5 dans une tente prévue pour deux personnes! Nous, on a réussi à bien dormir malgré le froid et le confort limité, mais pour l'expérience, on oubliera pas de si tôt!

Le lendemain on se rend à Gaoua pour le marché du dimanche.  Les routes sont pleines de femmes avec de paniers remplis de denrées.  Elles porte pour 1000 voir 1500 FCFA (2-3$) et certaines parcourent plus de 20 km. pour atteindre la ville. De grands efforts pour tirer un bien maigre pécule. Sur certaines routes, on peut voir des kilomètres de femmes en file indienne qui convergent vers le marché, un panorama spectaculaire. 

À 13h, c'est le temps de quitter Gaoua et retourner vers Bobo, où assurément, de nouvelles aventures nous attendent!

Papi (René)



mardi 1 octobre 2013

Impressions d'Afrique


Pour la première fois de leur vie, les parents de Sophie, Aline & Rosaire, ont foulé le sol africain. Profitons de cet évènement pour récolter leurs premières impressions d'Afrique!

"L'accueil et la joie de vivre" - Aline
"Que ce soit le bagagiste de l'aéroport, les aides à la maison, les parents et amis de l'école des garçons, dès notre arrivée, nous avons ressenti l'accueil des gens et leur joie de vivre! Tu reçois toujours les sourires des gens et c'est fait sans attente de leur part. Même les 3 jeunes garçons du camion qui se sont arrêtés sur la route de Banfora pour nous aider à changer une crevaison, sont repartis sans même demander ou que nous ayons le temps de leur offrir quoi que ce soit! Malgré les carences au niveau matériel, les burkinabés nous ont démontré plus de joie de vivre et de générosité que bien des gens qui possèdent beaucoup plus!"
"C'est moi le patriarche" - Rosaire
À nos premières visites, Rosaire a vite compris qu'il était le premier interlocuteur de la famille. Ici, en Afrique, les aînés ont une importance toute particulière. "Quand nous avons visité la vieille ville (Dioulassoba), Koro et même au Baobab sacré, les guides m'adressaient toujours la parole en premier." En Afrique, les personnes "âgées" ont droit au plus grand respect. "Côtoyer un aîné, c'est avoir accès à un grande source d'informations" raconte Aboubacar, guide de Dioulassoba. "C'est moi le patriarche" disait donc Rosaire, à la blague, pour s'assurer qu'on lui confère tout l'attention accordée aux aînés d'Afrique!
"Tout faire avec rien" - Rosaire
À tous les jours et même plusieurs fois par jour, Rosaire part prendre sa marche. Il descend la côte, tourne à droite sur le chemin de terre, croise le 2e goudron où il salut Ibrahim, le laveur de motos, qui arrête momentanément ce qu'il fait pour un brin de jasette avec Rosaire. Après, ce sont les ateliers de soudure de la rue Vincens et surtout, ceux de menuiserie où il s'attarde plus longtemps. "L’un fait ses trous au vilebrequin... l'autre a un rabot, ils n'ont pas un seul outil électrique!" remarque-t-il. Pour cet homme qui a fait les camps de bûcherons de Clova dans sa jeunesse et qui a fini sa carrière dans les plus grands chantiers de construction de Montréal, non seulement ce dénuement est inconcevable, mais il sait reconnaître toutes les compétences derrière l'armoire, le divan et autres meubles de ces artisans. "Ils arrivent à tout faire avec rien!". Il poursuit son chemin, achète le journal dans une petite boutique, et croise le boucher qui prépare des grillades de porc sur un BBQ de fortune avec un couteau aiguisé jusqu'au dernier cm de lame. Pratiquement arrivé à la maison, il salut les jeunes qui préparent le thé sur un petit four fait de broche de pneus recyclés, coiffé de quelques charbons de bois...C'est la débrouillardise africaine!
"Les splendides paysages" - Aline
"En premier, les cascades de Banfora qui sont impressionnantes : le bruit, la force de l'eau et en même temps la tranquillité de l'endroit en font un lieu privilégié.
Les rizières de Bama pour voir toutes les étapes du riz, de la culture à la transformation par les femmes du centre d'étuvage.
Les pics de Sindou qui sont uniques et grandioses, surtout le plateau avec les formations rocheuses qui nous entourent.
L'effervescence de la ville de Bobo, les motos partout, les ânes qui tirent des charrettes de bois, des femmes avec des paniers sur leur tête, ..."
"Les vendeurs de cossins" - Rosaire
Parfois, la vie et l'effervescence qu'on aime tant de l'Afrique, dépassent "légèrement" notre seuil de tolérance pour donner une impression de cohue incontrôlée, voire d'anarchie! À ce titre, les vendeurs itinérants ont le don d'entrer dans notre bulle pour nous sortir avec insistance de notre zone de confort! "Juste arrêter aux guichets de péage sur les routes et il y a15 femmes qui veulent te vendre des bananes, de l'eau ou des peanuts... Et elles ne sont pas gênées pour passer leur marchandise par la fenêtre de l’auto!" raconte un Rosaire incrédule. Le comble fut devant la gare de Bobo où, les soirs, la plaza se remplit de tables et l'on sert poissons et poulets grillés. "En arrivant, ils étaient 12 pour nous trouver une table et une fois assis, 50 jeunes sont passés pour nous vendre toutes sortes de cossins, et même en partant, ils étaient encore 4 "fatigants" pour ouvrir les portes de l'auto!!!"
"Il fait chaud" - Rosaire
Alors que les africains s'informent sur le bien-être de tous les membres de la famille pour ouvrir une conversation, les Québécois parlent de température! Héritage de nos saisons ou des extrêmes de notre météo, la température est un sujet incontournable pour les habitants de la belle province... même en visite au Burkina Faso! "Oh, il va faire chaud aujourd'hui... la marche va être plus courte; c'est chaud cet après-midi... Ils annoncent quoi pour demain?" Une chance, septembre, c'est la fin de la saison des pluies, et donc ce n'est pas les chaleurs cuisantes de mars et avril, alors que les nuits ne baissent même pas sous les 30 °C et les journées frisent les 45°C. On a eu droit à quelques beaux orages qui ont abaissé la température de quelques degrés. Première semaine, les maximum furent de 30-31°C; la deuxième, 32-33°C et la troisième 34-35°C, avec, en guise d'aurevoir, un 42°C à Ougadougou, avant de prendre l'avion vers la fraîcheur du Québec.
"Faut le vivre" - Aline

"Avant leur départ pour l’Afrique, Sophie et Éric nous avaient déjà préparés à l’idée d'aller les visiter en Afrique…Chose que nous n’avions jamais pensée faire au cours de notre vie. L’idée de revoir nos enfants et petits-enfants au moins une fois avant qu’ils ne reviennent était un grand baume sur leur absence… Il ne s’est donc fallu que peu de temps pour que notre voyage prenne forme.
Nous sommes tout juste de retour de notre merveilleux voyage et j’aimerais dire qu'il faut vivre l'Afrique au moins une fois pour apprécier comment ceux et celles qui ont l’opportunité d'être là, ne doivent pas passer à côté de ce privilège. C'est l'expérience d'une vie!"
Aline, Rosaire et Éric